Conférences 2015-2016

  • mercredi 27 avril à 18h30 (FST) - Sophie Germain (1776-1831), une mathématicienne face aux préjugés de son temps par Anne Boyé, IREM de Nantes

Résumé. Née il y a 240 ans, Sophie Germain fait partie de ces femmes méconnues ou mal reconnues, les invisibles de l’histoire. C’est pourtant une de nos premières mathématiciennes, et l’une des plus grandes. Nous raconterons comment elle devra lutter tout au long de sa vie contre les préjugés de son époque, qui enfermaient les femmes dans leur rôle de mère, de maîtresses de maison, leur déniant le droit à l’instruction, particulièrement dans les sciences, et comment pourtant elle s’initiera seule aux plus hautes mathématiques utilisant parfois le subterfuge d’un pseudonyme masculin. Elle sera la première femme à recevoir un prix de l’académie des sciences, en 1816, et fera progresser de façon significative la théorie des nombres, par l’intermédiaire de sa correspondance avec le grand mathématicien Carl Gauss. Parcourant son histoire et son œuvre, nous comprendrons pourquoi, cependant, un de ses biographes la nommait « l’oubliée de la Tour Eiffel », pourquoi elle fut aussi longtemps l’oubliée du grand théorème de Fermat, et peut-être encore plus l’oubliée de la philosophie, elle qui inspira Auguste Comte.

Résumé. Le pliage de papier, ou origami, ne se réduit pas aux avions et autres cocottes. Il peut aussi s'agir d'une activité très sérieuse : du déploiement des airbags aux miroirs solaires embarqués dans les satellites, l'origami intéresse aussi bien des ingénieurs que des mathématiciens ou des informaticiens. Les questions de pliage impliquent de nombreux domaines et les réponses sont parfois à la pointe de la recherche contemporaine. Pour le chercheur fondamental, le pliage possède une dimension abstraite aussi belle que peut l'être sa dimension artistique. Cette conférence présentera quelques-unes des interactions entre pliage et mathématiques pour expliquer comment les mathématiques peuvent aider le plieur, et comment le pliage peut inspirer le mathématicien.

  • mercredi 3 février à 18h30, salle de conférences de la BFM (Limoges) - Les mathématiques de l'origami par Jean-Paul Delahaye, Professeur émérite à l'Université Lille 1

Résumé. Si l’art du papier plié remonte à plusieurs siècles, son étude mathématique est récente et révèle des liens étroits avec l’algèbre, la théorie des nombres et l’algorithmique. En particulier on a découvert que les plis sont un moyen de calcul géométrique plus puissant que la règle et le compas que les mathématiciens grecs maniaient avec agilité dans l'espoir de résoudre la célèbre quadrature du cercle.

Résumé. L'ethnomathématique étudie les idées mathématiques (nombres, logique, configurations spatiales) présentes dans la culture des sociétés sans écriture et des groupes humains n'ayant pas reçu d'éducation mathématique scolaire. Cette discipline récente, née pour une large part dans les pays du Sud, a notamment pour ambition de développer des programmes d'enseignement s'appuyant sur des activités en résonance avec le milieu culturel des enfants. La conférence présentera quelques exemples de recherches ethnomathématiques menées actuellement dans les iles du sud-ouest de l'océan Indien : lambrequins et tapis mendiants de la Réunion, tressage des cheveux des femmes comoriennes, jeux de semailles malgaches, sculpture du pays Zafimaniry.

  • vendredi 9 octobre à 18h, salle de cinéma du Carrefour des étudiants - Une histoire du regard "augmenté" dans le monde occidental : de la vision à la représentation, par Jean-Pierre Le Goff, enseignant de mathématiques, spécialiste de la perspective

Résumé. L’Europe, à la Renaissance, n'a pas seulement découvert le Nouveau Monde et l'imprimerie, elle a aussi inventé la perspectiva artificialis. Les notions premières sur le dessin par projection nous viennent de l'Antiquité : on les trouve définies dans un traité d'architecture de Vitruve au Ier siècle ; il s'agit de l'ichnographie et de l'orthographie, utiles à l'architecte, de la scénographie, utile au décorateur de théâtre, et de la skiagraphie, utile aux gnomoniciens, qui concevaient les cadrans solaires. Des peintres et des architectes du Quattrocento en ont tiré une méthode géométrique pour représenter la réalité de façon tellement illusionniste, qu'elle fut nommée "trompe-l’œil” et qu'elle devint la règle pour plusieurs siècles dans les arts graphiques, avec de nombreux avatars, parmi lesquels : le décor plafonnant et l'anamorphose, qui repoussent les limites du trompe-l'œil jusqu'à l'image duplice, voire à l'incompréhension ; les chambres claire et noire, qui conduiront à la photographie et au cinéma, la perspective-relief mise en œuvre dans le décor de théâtre dès la Renaissance et à la période Baroque, et toutes sortes d'illusions statiques ou dynamiques, qui ont travaillé les pratiques artistiques jusqu'à nos jours : anaglyphe et photographie stéréoscopique, ancêtres de la 3D.